
texte extrait du site secret defense http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/ dirigé parJean-Dominique Merchet
La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a célèbré, le lundi 2 avril, son trentième anniversaire. Créée le 2 avril 1982 par la gauche, il s'agissait alors essentiellement d'un changement de nom : au SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, créé en 1945) succèdait la DGSE. Mais il faudra attendre une dizaine d'année pour que la "boîte" se transforme en profondeur et devienne ce qu'elle est aujourd'hui : un grand service.
Le lundi 2 avril au matin, une cérémonie (pas ouverte au public...) s'est déroulée dans la cour de la DGSE, boulevard Mortier à Paris. Tous les anciens directeurs de la maison ont été invités. Cette cérémonie fait suite à celle du17 janvier dernier, dans la cour d'honneur des Invalides, qui marquait le soixante-dixième anniversaire de la création du BCRA à Londres. Cette politique nouvelle entend, selon ses promoteurs, renforcer une forme de "culture d'entreprise" au sein de la DGSE, en mettant en avant l'histoire et les valeurs de la "boîte".
Dans les années 80, la DGSE était "vieillotte, endogame, larguée sur la guerre froide et empêtrée en Afrique", reconnait-on aujourd'hui. Qui plus est, complètement "traumatisée par le Rainbow Warrior" (1985), une affaire qui marquera profondément la génération des actuels quinquagénaires. Le pouvoir, et l'opinion, n'ont alors plus confiance dans la DG. La "remise d'aplomb" commence à la fin des années 80 avec la nomination du préfet Silberzahn à sa tête (1989-93). Elle est aujourd'hui acquise, avec les directeurs successifs (Dewattre, Cousserand, Brochand, Corbin de Mangoux). Boulevard Mortier, on assure aujourd'hui que "le service a retrouvé sa place au coeur de l'Etat".
"La crédibilité d'un service repose sur quatre choses : un bon budget, un haut niveau technologique, la protection du secret et le proximité entre son chef et le chef de l'Etat", y explique-t-on.
Le budget de la DGSE, "en constante augmentation" s'élève aujourd'hui à environ 550 millions d'euros par an. Une situation excetionnelle au sein de l'Etat qui fait dire à certains que la DGSE pète dans le fric. Cette hausse de 10% au cours des cinq dernières années a notamment permis le recrutement de 590 personnes. Les effectifs dépassent aujourd'hui les 5000, auxquels il faut ajouter le millier de militaires du Service Action.
Le recrutement s'est banalisé : il ne s'opère pas dans une une arrière-salle de café, mais par un concours administratif, dont l'ouverture est publiée au Journal Officiel. Et ça marche ! Pour 18 postes d'analystes l'année dernière, il y avait plus de 800 candidats. Le concours s'apparente à celui des affaires étrangères. En ce qui concerne les ingénieurs, le recrutement s'opère plutôt sur une base contractuelle. Les femmes (20% de l'effectif) représentent aujourd'hui la moitié des promotions qui intègrent la maison, mais elles restent peu présentes dans la hiérarchie. Il n'y a qu'un sous-directeur féminin, à la Stratégie. Même si des évolutions sont en cours, trop de peu de recrutements se font encore dans la population issue d'une immigration récente. Les militaires constituent 30% de l'effectif (hors service action) mais environ 50% de la hiérarchie. Désormais, des énarques peuvent intégrer la DGSE dès la sortie de l'école. Les carrières de cadres (attaché, attaché principal, administrateur) correspondent à ce que l'on rencontre dans l'ensemble de la fonction publique. Sauf que les salaires y sont supérieurs : " on n'a pas à se plaindre" confie un cadre. Le personnel n'a pas le droit de se syndiquer et encore moins celui de faire grève. Il est représenté par des élus : le Centre d'entraide social et culturel, qui publie le journal interne L'échauguette et le Comité du dialogue social.
L'argent sert aussi à rester dans la course technologique. Le renseignement technique coûte cher, car "il faut rester dans la course des télécoms". L'interception des nouveaux moyens de communications (Skype, internet, portables) ou des plus anciens, comme les câbles sous-marins par lesquels passent l'essentiel du flux - nécessite des investissements importants. Avec le CEA, la DGSE possède ainsi les ordinateurs les plus puissants du pays. Des Crays tellement gros que la chaleur qu'ils dégagent permet de chauffer les locaux du boulevard Mortier. Ou exigent l'arrivée de lignes électriques à haute tension comme on le voit vers les Alluets-le-Roi (Yvelines)... En matière technique, la DGSE entretient des rapports étroits avec la NSA américaine. La France a la chance de rester un grand pays dans l'industrie des télécoms : ce n'est pas sans répercussions sur ses capacités de renseignement.
A l'aise financièrement, la DGSE n'a pourtant plus les moyens d'assurer une couverture mondiale. Dans des zones entières, la veille a été abandonnée depuis une dizaine d'années : l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, la péninsule indochinoise, le Pacifique, l'Europe (hors Russie, Biélorussie et Turquie)... Les postes de Varsovie ou de Sarajevo vont être fermés. "On se concentre sur des niches, qui nous sont fixées par le Plan national d'orientation du renseignement (PNOR) de l'Etat".
La DGSE coopère avec de nombreux services étrangers, en tout premier lieu américains et britanniques. Au niveau européen, les choses sont plus contrastées avec l'Allemagne ou l'Italie, par exemple. En face ? Certains Etats posent de vrais problèmes, en tout premier lieu les services pakistanais. Quand aux Russes, ils sont toujours là, pas très amicaux. Les Chinois ne font guère partie du paysage de la DGSE.
La protection du secret est l'une des conditions de la crédibilité d'un service, notamment aux yeux de ses partenaires étrangers. Et de ces informateurs... Car personne ne veut prendre le risque de donner une information (donc une source) si elle risque de se retrouver sur la place publique. Les Allemands, très "transparents", en savent quelque chose... "On veut plus de contrôle parlemenaire, mais pas de juges, car avec les magistrats nos dossiers se retrouvent dans la presse", lâche-t-on boulevard Mortier. Les huit élus (majorité et opposition) de la Délégation parlementaire au renseignement connaissent bien la DGSE. Si la loi qui visait à rendre certains locaux de la DGSE secret-défense a été retoquée par le conseil constitutionnel, les documents que ces lieux abritent le restent.
Au niveau national, le paysage institutionnel a évolué ces dernières années. La création - délicate - d'un poste de Coordinateur national du renseignement à l'Elysée a mis de l'huile dans les rouages entre les services, notamment avec la DCRI (ex-DST et RG). L'Académie du renseignement, installée à l'Ecole militaire, permet aux hommes de se connaitre.
En 2010, la DGSE avait commandé un sondage pour connaitre l'opinion des Français à son égard : 67% des Français en avaient entendu parler, et parmi ceux-ci 80% avait une opinion positive. "En terme d'image, notre problème, c'est qu'un Français sur trois ne sait pas qu'on existe" reconnait-on boulevard Mortier.
Si le Rainbow Warrior est évidemment le grand échec de la DGSE ( " l'exemple de ce qu'un service ne doit jamais faire et de ce qu'un pouvoir ne doit jamais demander à un service"), les succès de la DG sont, par définition, moins connus. On sait qu'elle est en charge des affaires d'otages à l'étranger. L'absence d'attentats majeurs sur le territoire national est à mettre à son crédit. La découverte, en 2009, d'activités nucléaires sur le site iranien de Qom avait fait sensation lors du sommet de Pittsburgh. Moins connus, quelques bons résultats sur la Corée du nord...
"Il y a exactement trente ans, le 2 avril 1982, en paraphant le décret 306, le président de la République François Mitterrand, le Premier ministre Pierre Mauroy et le ministre de la Défense Charles Hernu, accomplissaient un geste symbolique, en donnant un nom nouveau au service français de renseignement extérieur. La direction générale de la sécurité extérieure était née.
Il s’agissait de tourner une page, celle du SDECE, le service de documentation extérieure et de contre espionnage. Le SDECE, créé en 1946, service héritier du BCRA, de la DGSS, de la DGER, aura vécu 36 ans. Sa vie n’aura pas été un long fleuve tranquille, avec les guerres de décolonisation, la relation particulière de la France avec l’Afrique, et la guerre froide. En 1982, c’est un changement sémantique qui est alors opéré, une rupture symbolique avec le passé. Mais ce changement de nom ne modifie pas la mission du Service : la recherche de renseignements intéressant la sécurité de la France.
Pour nous, l’année 2012 est une année marquée par deux anniversaires. Nous avons commémoré ensemble, le 17 janvier dernier aux Invalides, le 70ème anniversaire de la création du BCRA, le Bureau central de renseignements et d’action. Cette cérémonie a permis de renouer avec ce passé glorieux, celui de la France Libre. Elle nous a donné l’occasion d’exprimer nos valeurs dans une période qui en est trop souvent privée. C’était un moment intense d’émotion. J’y ai vu comme une passation de flambeau, entre les survivants du BCRA présents et la jeune génération de la DGSE, à la recherche de valeurs et d’exemples.
Aujourd’hui, ce trentième anniversaire est une nouvelle occasion pour le personnel du Service de se retrouver, de démontrer son unité et d’afficher ses valeurs. Tous ici présents, prenez part - ou avez pris part - à l’histoire de la DGSE. Je voudrais adresser des remerciements appuyés à mes prédécesseurs, pour leur présence : l’amiral Pierre Lacoste, le général François Mermet, le préfet Jacques Dewatre, l’ambassadeur Jean-Claude Cousseran et l’ambassadeur de France Pierre Brochand. Mes pensées vont au préfet Claude Silberzahn, malheureusement absent, à deux autres de mes prédécesseurs, Monsieur Pierre Marion et le général René Imbot, aujourd’hui disparus. Enfin, je remercie les anciens directeurs et anciens chefs de service SR et CE qui nous ont rejoints pour cette commémoration.
En cet instant solennel, je voudrais évoquer la mémoire de tous nos collègues qui ont perdu la vie en mission, alors qu’ils veillaient à la sécurité de notre pays. D’autres ont été tués à l’entrainement. D’autres enfin ont été arrêtés et longuement emprisonnés, parfois dans de très difficiles conditions. C’est vers eux que vont mes pensées en ce jour particulier, et pour eux que nous nous réunissons. Enfin, je voudrais tant que notre collègue Denis Allex, retenu en Somalie, nous entende, qu’il sache que nous ne cessons de penser à lui et que nous l’attendons avec impatience.
Mes chers collègues, par choix et par dessein, les Français ne connaîtront jamais les détails de votre courage, ni les détails de votre travail dans l’ombre. Vous servez la France avec un patriotisme silencieux, vous ne recherchez ni les projecteurs, ni les louanges. Et c’est ce qui fait votre honneur.
Cet anniversaire est l’occasion pour nous de dresser un bilan des trente années passées, d’expliquer ce qu’il y a de spécifique et de grand à notre mission, de revenir sur notre histoire et d’en tirer les enseignements pour l’avenir. La France, puissance souveraine, membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies, doit disposer de capacités autonomes d’analyse des situations internationales.
Pour que nos autorités puissent se forger un avis dans le domaine de la politique étrangère, de la défense et de la sécurité, elles doivent pouvoir se fier à un appareil de renseignement recueillant l’information par des moyens propres et délivrant un renseignement fiable, recoupé et pertinent. Le renseignement, qui est une politique publique, fait partie des atouts de souveraineté de la France. Pour ce faire, notre pays dispose d’un ensemble de services de renseignement aux responsabilités et compétences complémentaires et différenciés.
Au sein de la communauté du renseignement, la DGSE, a pour mission de rechercher et d’exploiter les renseignements intéressant la sécurité de la France, ainsi que de détecter et d’entraver, hors du territoire national, les activités d’espionnage dirigées contre les intérêts français afin d’en prévenir les conséquences.
Dans ce cadre, la DGSE jouit du monopole des capacités clandestines de recherche du renseignement à l’étranger. Service spécial, service de renseignement intégré, la DGSE dispose d’un large éventail de capteurs, humains, techniques et opérationnels. Elle dispose également d’une capacité d’entrave. La richesse des capteurs et des activités du Service se retrouve dans la richesse et la diversité de vos profils. Hommes et femmes de la DGSE, officiers de renseignement, vous êtes militaires, fonctionnaires civils, contractuels, stagiaires, ingénieurs, experts, techniciens, géographes, linguistes, crypto-mathématiciens… par votre pluralité, vous êtes la vraie richesse de la DGSE. Associer les talents et mettre les compétences en synergie, voilà notre credo, car de ce trésor, nous tirons notre force et notre crédibilité.
Une fois n’est pas coutume, je voudrais mentionner le travail de nos sources. Elles ont leurs propres motivations et leurs propres espoirs, elles sont étrangères, elles ont accès à l’information et elles choisissent de travailler pour nous. Elles prennent des risques pour fournir l’information qui doit nous permettre de mieux connaître les intentions de nos adversaires. Nous avons une obligation absolue à leur égard : celle de protéger impérativement leur identité. Sans le secret attaché à cette information, la DGSE perdrait sa légitimité et sa capacité à recueillir du renseignement.
Je comprends l’appétit de nos contemporains pour la transparence , car elle est nécessaire dans une démocratie. Mais dans le domaine si particulier du renseignement, nous devons nous assurer que nos secrets ne deviennent pas accessibles librement à nos adversaires, nous devons également protéger les secrets de nos partenaires, sans lesquels nous ne pourrions pas travailler efficacement. La DGSE est respectueuse des institutions républicaines et du jeu démocratique, dont elle contribue à assurer la protection et la pérennité. Le renseignement doit être conforme à nos valeurs, au Service de l’Etat, inscrit dans l’Etat de droit et contrôlé par le Parlement et les différentes autorités administratives indépendantes. Il ne peut y avoir, dans une démocratie, de services de renseignement qui ne soient encadrés et portés par les valeurs de la République. Le contrôle de notre Service par les élus de la République est non seulement nécessaire, mais il conduit à une protection toujours plus pertinente et efficace des intérêts fondamentaux de la Nation et souligne la reconnaissance institutionnelle du métier du renseignement et sa place au cœur de l’Etat républicain.
Si je dois ce matin me retourner sur notre histoire, il faudrait tout d’abord tenter de dépeindre le long cheminement historique de la question du renseignement en France. Nous avons nos expériences propres, notre vécu, et les historiens se penchent sur cette question passionnante. Lorsque le SDECE change de nom en 1982 pour devenir la DGSE, le monde est très différent de celui d’aujourd’hui. Et qui, en 1982, aurait imaginé le monde d’aujourd’hui ?
En 1982, la page de la décolonisation a été tournée, mais la guerre froide est toujours d’actualité. La DGSE s’adapte, se réforme, pour recueillir du renseignement. C’est à cette époque troublée, face à un ennemi clairement identifié et totalitaire, que s’élaborent en France la doctrine du renseignement et sa pratique. C’est donc naturellement à cette époque, qu’insensiblement, s’affirme la contribution du renseignement à la mise en œuvre de la politique étrangère de notre pays. La DGSE devient ainsi, progressivement, une partie essentielle de l’appareil d’Etat, du processus de décision des autorités gouvernementales pour ce qui relève de la protection des intérêts de la France et des Français.
A partir de 1989, la chute progressive du bloc soviétique ouvre une ère nouvelle. D’un monde bipolaire, nous assistons à la mise en place d’un monde multipolaire. Le changement d’adversaire pousse à une transformation du renseignement.
A la menace soviétique, facilement identifiable, se substitue une menace plus incertaine, plus insaisissable : le terrorisme – dont la France demeure la cible – , mais aussi la prolifération des armes de destruction massive, la criminalité organisée, la piraterie, les tensions sur les ressources énergétiques, les crises migratoires…
Un temps figé, le monde retrouve ses aspérités, ses crises politiques, voire ses guerres ouvertes. Mais l’essentiel des crises se concentre désormais dans un arc s’étendant du golfe de Guinée à la chaîne de l’Himalaya. Cette transformation du monde s’accompagne d’une transformation du renseignement. La DGSE adapte son dispositif en conséquence. Apprenant de ses succès comme de ses échecs, elle entre dans une dynamique de réforme, de modernisation, d’adaptation et d’ambition. Grâce à l’inlassable travail de mes prédécesseurs, la DGSE s’affirme et se recentre peu à peu dans l’appareil d’Etat. Les efforts produits par le Service sont indéniables, ils accompagnent également une transformation culturelle de la classe politique et administrative désormais bien informée des questions de renseignement, qui nous préserve des dérèglements institutionnels.
Enfin, le débat public sur l’utilité du renseignement est aujourd’hui apaisé. L’opinion publique elle-même reconnaît l’utilité d’un service de renseignement comme la DGSE, et selon un sondage conduit au cours du mois de mars, 70% de nos concitoyens ont une opinion positive, voire très positive, de notre Service. A charge pour le Service de dissiper la crainte diffuse, que la DGSE ne soit à l’avant-garde d’un monde qui porterait atteinte aux libertés. Le renseignement connaît une forme de consécration institutionnelle en 2008, lorsque le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale désigne le renseignement comme une fonction stratégique.
Cette priorité a eu trois traductions concrètes :
- la réforme du pilotage du renseignement, avec la création du Conseil national du renseignement, la création du poste de Coordonnateur national du renseignement et l’élaboration d’un premier plan national d’orientation du renseignement ;
- l’obligation donnée aux services membres de la communauté française du renseignement de travailler toujours plus et toujours mieux ensemble ;
- l’accroissement des moyens humains et financiers, accordés notamment à la DGSE.
Les services de renseignement ne sont pas infaillibles. Il faut avoir la modestie de le reconnaître. Le défaut de coordination serait en revanche impardonnable. Or aujourd’hui, il faut le dire, sous la houlette du coordonnateur national du renseignement, nous formons une communauté, avec nos collègues de la DCRI, de la DRM, de la DPSD, de la DNRED et de Tracfin, et les échanges entre nos services n’ont jamais été aussi fluides, jamais été aussi efficaces, jamais été aussi réactifs. L’actualité, malgré la critique facile, en est l’illustration. Nous formons une communauté qui veut se forger une culture commune. Nous avons conscience de la communauté d’intérêt qui lie tous les acteurs du renseignement. Il est aujourd’hui impossible de travailler seul, et la DGSE travaille non seulement avec ses partenaires de la communauté française du renseignement, mais également avec ses partenaires étrangers, sans lesquels elle ne pourrait exercer efficacement sa mission.
Comme dans toute organisation, nous avons une culture, notamment la culture du secret. Nous avons aussi nos valeurs. Elles sont fondatrices, car elles assoient la philosophie de notre activité, elles sont à la source de notre dynamisme collectif. Dans le monde du renseignement, les Services les plus efficaces et les plus respectés sont ceux qui demeurent les plus discrets et qui disposent d’une capacité à protéger le secret. La confidentialité et le cloisonnement sont des clés de notre succès. Aussi, en rejoignant volontairement la DGSE, chacun d’entre nous a souscrit un contrat moral d’adhésion, porteur de valeurs propres à la famille du renseignement. Ce contrat nous lie indéfectiblement et forge un sentiment d’appartenance et une solidarité dont nous tirons notre force. Pour rester dans la course, il faut aussi le reconnaître, un service crédible doit disposer de moyens financiers importants car nous parlons là d’une machinerie hautement professionnalisée et sophistiquée.
Face à des défis techniques et opérationnels permanents, et pour anticiper le développement de nos sociétés et de notre planète, la DGSE doit demeurer à la pointe de l’innovation, tout en conservant sa capacité à la clandestinité de ses opérations hors de nos frontières. Il faut cependant admettre que notre modèle économique, bousculé par la crise et par la nécessité de maîtriser nos dépenses publiques sur le long terme, nous incite à l’exemplarité et nous contraindra à des choix. Il faut enfin que le Service jouisse d’une proximité institutionnelle avec les plus hautes autorités de l’Etat. Un service de renseignement efficace et respecté doit avoir la confiance de ses autorités, pour être en mesure de dire toutes les vérités.
Mes chers collègues, vous avez embrassé une carrière à la DGSE au service de la République. Notre monde est dangereux, et vous êtes bien placés pour le savoir, car vous êtes sur la première ligne de défense du pays. La mission de la DGSE est d’affronter les difficultés quand elles se présentent, et d’aller de l’avant, en ayant toujours à l’esprit notre intégrité et notre sens des responsabilités. Quelles que soient vos fonctions à la DGSE, vous exercez votre mission conformément aux valeurs de la République, au service de la France, de sa diplomatie, de sa défense, de ses intérêts dans le monde, et au service de la sécurité de nos concitoyens.
Mes chers collègues, vous incarnez les talents de notre pays , et je veux vous dire que vous pouvez être fiers de votre vocation, parce qu’elle apporte au service exigeant de la France, cette part d’engagement et d’idéal qui grandit les hommes. Vive la République ! Vive la France !"
La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a célèbré, le lundi 2 avril, son trentième anniversaire. Créée le 2 avril 1982 par la gauche, il s'agissait alors essentiellement d'un changement de nom : au SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, créé en 1945) succèdait la DGSE. Mais il faudra attendre une dizaine d'année pour que la "boîte" se transforme en profondeur et devienne ce qu'elle est aujourd'hui : un grand service.
Le lundi 2 avril au matin, une cérémonie (pas ouverte au public...) s'est déroulée dans la cour de la DGSE, boulevard Mortier à Paris. Tous les anciens directeurs de la maison ont été invités. Cette cérémonie fait suite à celle du17 janvier dernier, dans la cour d'honneur des Invalides, qui marquait le soixante-dixième anniversaire de la création du BCRA à Londres. Cette politique nouvelle entend, selon ses promoteurs, renforcer une forme de "culture d'entreprise" au sein de la DGSE, en mettant en avant l'histoire et les valeurs de la "boîte".
Dans les années 80, la DGSE était "vieillotte, endogame, larguée sur la guerre froide et empêtrée en Afrique", reconnait-on aujourd'hui. Qui plus est, complètement "traumatisée par le Rainbow Warrior" (1985), une affaire qui marquera profondément la génération des actuels quinquagénaires. Le pouvoir, et l'opinion, n'ont alors plus confiance dans la DG. La "remise d'aplomb" commence à la fin des années 80 avec la nomination du préfet Silberzahn à sa tête (1989-93). Elle est aujourd'hui acquise, avec les directeurs successifs (Dewattre, Cousserand, Brochand, Corbin de Mangoux). Boulevard Mortier, on assure aujourd'hui que "le service a retrouvé sa place au coeur de l'Etat".
"La crédibilité d'un service repose sur quatre choses : un bon budget, un haut niveau technologique, la protection du secret et le proximité entre son chef et le chef de l'Etat", y explique-t-on.
Le budget de la DGSE, "en constante augmentation" s'élève aujourd'hui à environ 550 millions d'euros par an. Une situation excetionnelle au sein de l'Etat qui fait dire à certains que la DGSE pète dans le fric. Cette hausse de 10% au cours des cinq dernières années a notamment permis le recrutement de 590 personnes. Les effectifs dépassent aujourd'hui les 5000, auxquels il faut ajouter le millier de militaires du Service Action.
Le recrutement s'est banalisé : il ne s'opère pas dans une une arrière-salle de café, mais par un concours administratif, dont l'ouverture est publiée au Journal Officiel. Et ça marche ! Pour 18 postes d'analystes l'année dernière, il y avait plus de 800 candidats. Le concours s'apparente à celui des affaires étrangères. En ce qui concerne les ingénieurs, le recrutement s'opère plutôt sur une base contractuelle. Les femmes (20% de l'effectif) représentent aujourd'hui la moitié des promotions qui intègrent la maison, mais elles restent peu présentes dans la hiérarchie. Il n'y a qu'un sous-directeur féminin, à la Stratégie. Même si des évolutions sont en cours, trop de peu de recrutements se font encore dans la population issue d'une immigration récente. Les militaires constituent 30% de l'effectif (hors service action) mais environ 50% de la hiérarchie. Désormais, des énarques peuvent intégrer la DGSE dès la sortie de l'école. Les carrières de cadres (attaché, attaché principal, administrateur) correspondent à ce que l'on rencontre dans l'ensemble de la fonction publique. Sauf que les salaires y sont supérieurs : " on n'a pas à se plaindre" confie un cadre. Le personnel n'a pas le droit de se syndiquer et encore moins celui de faire grève. Il est représenté par des élus : le Centre d'entraide social et culturel, qui publie le journal interne L'échauguette et le Comité du dialogue social.
L'argent sert aussi à rester dans la course technologique. Le renseignement technique coûte cher, car "il faut rester dans la course des télécoms". L'interception des nouveaux moyens de communications (Skype, internet, portables) ou des plus anciens, comme les câbles sous-marins par lesquels passent l'essentiel du flux - nécessite des investissements importants. Avec le CEA, la DGSE possède ainsi les ordinateurs les plus puissants du pays. Des Crays tellement gros que la chaleur qu'ils dégagent permet de chauffer les locaux du boulevard Mortier. Ou exigent l'arrivée de lignes électriques à haute tension comme on le voit vers les Alluets-le-Roi (Yvelines)... En matière technique, la DGSE entretient des rapports étroits avec la NSA américaine. La France a la chance de rester un grand pays dans l'industrie des télécoms : ce n'est pas sans répercussions sur ses capacités de renseignement.
A l'aise financièrement, la DGSE n'a pourtant plus les moyens d'assurer une couverture mondiale. Dans des zones entières, la veille a été abandonnée depuis une dizaine d'années : l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, la péninsule indochinoise, le Pacifique, l'Europe (hors Russie, Biélorussie et Turquie)... Les postes de Varsovie ou de Sarajevo vont être fermés. "On se concentre sur des niches, qui nous sont fixées par le Plan national d'orientation du renseignement (PNOR) de l'Etat".
La DGSE coopère avec de nombreux services étrangers, en tout premier lieu américains et britanniques. Au niveau européen, les choses sont plus contrastées avec l'Allemagne ou l'Italie, par exemple. En face ? Certains Etats posent de vrais problèmes, en tout premier lieu les services pakistanais. Quand aux Russes, ils sont toujours là, pas très amicaux. Les Chinois ne font guère partie du paysage de la DGSE.
La protection du secret est l'une des conditions de la crédibilité d'un service, notamment aux yeux de ses partenaires étrangers. Et de ces informateurs... Car personne ne veut prendre le risque de donner une information (donc une source) si elle risque de se retrouver sur la place publique. Les Allemands, très "transparents", en savent quelque chose... "On veut plus de contrôle parlemenaire, mais pas de juges, car avec les magistrats nos dossiers se retrouvent dans la presse", lâche-t-on boulevard Mortier. Les huit élus (majorité et opposition) de la Délégation parlementaire au renseignement connaissent bien la DGSE. Si la loi qui visait à rendre certains locaux de la DGSE secret-défense a été retoquée par le conseil constitutionnel, les documents que ces lieux abritent le restent.
Au niveau national, le paysage institutionnel a évolué ces dernières années. La création - délicate - d'un poste de Coordinateur national du renseignement à l'Elysée a mis de l'huile dans les rouages entre les services, notamment avec la DCRI (ex-DST et RG). L'Académie du renseignement, installée à l'Ecole militaire, permet aux hommes de se connaitre.
En 2010, la DGSE avait commandé un sondage pour connaitre l'opinion des Français à son égard : 67% des Français en avaient entendu parler, et parmi ceux-ci 80% avait une opinion positive. "En terme d'image, notre problème, c'est qu'un Français sur trois ne sait pas qu'on existe" reconnait-on boulevard Mortier.
Si le Rainbow Warrior est évidemment le grand échec de la DGSE ( " l'exemple de ce qu'un service ne doit jamais faire et de ce qu'un pouvoir ne doit jamais demander à un service"), les succès de la DG sont, par définition, moins connus. On sait qu'elle est en charge des affaires d'otages à l'étranger. L'absence d'attentats majeurs sur le territoire national est à mettre à son crédit. La découverte, en 2009, d'activités nucléaires sur le site iranien de Qom avait fait sensation lors du sommet de Pittsburgh. Moins connus, quelques bons résultats sur la Corée du nord...
Voici le discours, dans sa version intégrale, prononcé ce jour par Erard Corbin de Mangoux, directeur de la DGSE, devant plus de 1400 personnels réunis dans la cour principale du siège de la DGSE, boulevard Mortier à Paris.
A l'exception de Calude Silberzahn, tous les anciens directeurs vivants étaient présents à la cérémonie marquant le trentième anniversaire de la transformation du SDECE en DGSE. Plusieurs décorations ont été remises au cours de la cérémonie, qui s'est déroulée à huis-clos.
A l'exception de Calude Silberzahn, tous les anciens directeurs vivants étaient présents à la cérémonie marquant le trentième anniversaire de la transformation du SDECE en DGSE. Plusieurs décorations ont été remises au cours de la cérémonie, qui s'est déroulée à huis-clos.
"Il y a exactement trente ans, le 2 avril 1982, en paraphant le décret 306, le président de la République François Mitterrand, le Premier ministre Pierre Mauroy et le ministre de la Défense Charles Hernu, accomplissaient un geste symbolique, en donnant un nom nouveau au service français de renseignement extérieur. La direction générale de la sécurité extérieure était née.
Il s’agissait de tourner une page, celle du SDECE, le service de documentation extérieure et de contre espionnage. Le SDECE, créé en 1946, service héritier du BCRA, de la DGSS, de la DGER, aura vécu 36 ans. Sa vie n’aura pas été un long fleuve tranquille, avec les guerres de décolonisation, la relation particulière de la France avec l’Afrique, et la guerre froide. En 1982, c’est un changement sémantique qui est alors opéré, une rupture symbolique avec le passé. Mais ce changement de nom ne modifie pas la mission du Service : la recherche de renseignements intéressant la sécurité de la France.
Pour nous, l’année 2012 est une année marquée par deux anniversaires. Nous avons commémoré ensemble, le 17 janvier dernier aux Invalides, le 70ème anniversaire de la création du BCRA, le Bureau central de renseignements et d’action. Cette cérémonie a permis de renouer avec ce passé glorieux, celui de la France Libre. Elle nous a donné l’occasion d’exprimer nos valeurs dans une période qui en est trop souvent privée. C’était un moment intense d’émotion. J’y ai vu comme une passation de flambeau, entre les survivants du BCRA présents et la jeune génération de la DGSE, à la recherche de valeurs et d’exemples.
Aujourd’hui, ce trentième anniversaire est une nouvelle occasion pour le personnel du Service de se retrouver, de démontrer son unité et d’afficher ses valeurs. Tous ici présents, prenez part - ou avez pris part - à l’histoire de la DGSE. Je voudrais adresser des remerciements appuyés à mes prédécesseurs, pour leur présence : l’amiral Pierre Lacoste, le général François Mermet, le préfet Jacques Dewatre, l’ambassadeur Jean-Claude Cousseran et l’ambassadeur de France Pierre Brochand. Mes pensées vont au préfet Claude Silberzahn, malheureusement absent, à deux autres de mes prédécesseurs, Monsieur Pierre Marion et le général René Imbot, aujourd’hui disparus. Enfin, je remercie les anciens directeurs et anciens chefs de service SR et CE qui nous ont rejoints pour cette commémoration.
En cet instant solennel, je voudrais évoquer la mémoire de tous nos collègues qui ont perdu la vie en mission, alors qu’ils veillaient à la sécurité de notre pays. D’autres ont été tués à l’entrainement. D’autres enfin ont été arrêtés et longuement emprisonnés, parfois dans de très difficiles conditions. C’est vers eux que vont mes pensées en ce jour particulier, et pour eux que nous nous réunissons. Enfin, je voudrais tant que notre collègue Denis Allex, retenu en Somalie, nous entende, qu’il sache que nous ne cessons de penser à lui et que nous l’attendons avec impatience.
Mes chers collègues, par choix et par dessein, les Français ne connaîtront jamais les détails de votre courage, ni les détails de votre travail dans l’ombre. Vous servez la France avec un patriotisme silencieux, vous ne recherchez ni les projecteurs, ni les louanges. Et c’est ce qui fait votre honneur.
Cet anniversaire est l’occasion pour nous de dresser un bilan des trente années passées, d’expliquer ce qu’il y a de spécifique et de grand à notre mission, de revenir sur notre histoire et d’en tirer les enseignements pour l’avenir. La France, puissance souveraine, membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies, doit disposer de capacités autonomes d’analyse des situations internationales.
Pour que nos autorités puissent se forger un avis dans le domaine de la politique étrangère, de la défense et de la sécurité, elles doivent pouvoir se fier à un appareil de renseignement recueillant l’information par des moyens propres et délivrant un renseignement fiable, recoupé et pertinent. Le renseignement, qui est une politique publique, fait partie des atouts de souveraineté de la France. Pour ce faire, notre pays dispose d’un ensemble de services de renseignement aux responsabilités et compétences complémentaires et différenciés.
Au sein de la communauté du renseignement, la DGSE, a pour mission de rechercher et d’exploiter les renseignements intéressant la sécurité de la France, ainsi que de détecter et d’entraver, hors du territoire national, les activités d’espionnage dirigées contre les intérêts français afin d’en prévenir les conséquences.
Dans ce cadre, la DGSE jouit du monopole des capacités clandestines de recherche du renseignement à l’étranger. Service spécial, service de renseignement intégré, la DGSE dispose d’un large éventail de capteurs, humains, techniques et opérationnels. Elle dispose également d’une capacité d’entrave. La richesse des capteurs et des activités du Service se retrouve dans la richesse et la diversité de vos profils. Hommes et femmes de la DGSE, officiers de renseignement, vous êtes militaires, fonctionnaires civils, contractuels, stagiaires, ingénieurs, experts, techniciens, géographes, linguistes, crypto-mathématiciens… par votre pluralité, vous êtes la vraie richesse de la DGSE. Associer les talents et mettre les compétences en synergie, voilà notre credo, car de ce trésor, nous tirons notre force et notre crédibilité.
Une fois n’est pas coutume, je voudrais mentionner le travail de nos sources. Elles ont leurs propres motivations et leurs propres espoirs, elles sont étrangères, elles ont accès à l’information et elles choisissent de travailler pour nous. Elles prennent des risques pour fournir l’information qui doit nous permettre de mieux connaître les intentions de nos adversaires. Nous avons une obligation absolue à leur égard : celle de protéger impérativement leur identité. Sans le secret attaché à cette information, la DGSE perdrait sa légitimité et sa capacité à recueillir du renseignement.
Je comprends l’appétit de nos contemporains pour la transparence , car elle est nécessaire dans une démocratie. Mais dans le domaine si particulier du renseignement, nous devons nous assurer que nos secrets ne deviennent pas accessibles librement à nos adversaires, nous devons également protéger les secrets de nos partenaires, sans lesquels nous ne pourrions pas travailler efficacement. La DGSE est respectueuse des institutions républicaines et du jeu démocratique, dont elle contribue à assurer la protection et la pérennité. Le renseignement doit être conforme à nos valeurs, au Service de l’Etat, inscrit dans l’Etat de droit et contrôlé par le Parlement et les différentes autorités administratives indépendantes. Il ne peut y avoir, dans une démocratie, de services de renseignement qui ne soient encadrés et portés par les valeurs de la République. Le contrôle de notre Service par les élus de la République est non seulement nécessaire, mais il conduit à une protection toujours plus pertinente et efficace des intérêts fondamentaux de la Nation et souligne la reconnaissance institutionnelle du métier du renseignement et sa place au cœur de l’Etat républicain.
Si je dois ce matin me retourner sur notre histoire, il faudrait tout d’abord tenter de dépeindre le long cheminement historique de la question du renseignement en France. Nous avons nos expériences propres, notre vécu, et les historiens se penchent sur cette question passionnante. Lorsque le SDECE change de nom en 1982 pour devenir la DGSE, le monde est très différent de celui d’aujourd’hui. Et qui, en 1982, aurait imaginé le monde d’aujourd’hui ?
En 1982, la page de la décolonisation a été tournée, mais la guerre froide est toujours d’actualité. La DGSE s’adapte, se réforme, pour recueillir du renseignement. C’est à cette époque troublée, face à un ennemi clairement identifié et totalitaire, que s’élaborent en France la doctrine du renseignement et sa pratique. C’est donc naturellement à cette époque, qu’insensiblement, s’affirme la contribution du renseignement à la mise en œuvre de la politique étrangère de notre pays. La DGSE devient ainsi, progressivement, une partie essentielle de l’appareil d’Etat, du processus de décision des autorités gouvernementales pour ce qui relève de la protection des intérêts de la France et des Français.
A partir de 1989, la chute progressive du bloc soviétique ouvre une ère nouvelle. D’un monde bipolaire, nous assistons à la mise en place d’un monde multipolaire. Le changement d’adversaire pousse à une transformation du renseignement.
A la menace soviétique, facilement identifiable, se substitue une menace plus incertaine, plus insaisissable : le terrorisme – dont la France demeure la cible – , mais aussi la prolifération des armes de destruction massive, la criminalité organisée, la piraterie, les tensions sur les ressources énergétiques, les crises migratoires…
Un temps figé, le monde retrouve ses aspérités, ses crises politiques, voire ses guerres ouvertes. Mais l’essentiel des crises se concentre désormais dans un arc s’étendant du golfe de Guinée à la chaîne de l’Himalaya. Cette transformation du monde s’accompagne d’une transformation du renseignement. La DGSE adapte son dispositif en conséquence. Apprenant de ses succès comme de ses échecs, elle entre dans une dynamique de réforme, de modernisation, d’adaptation et d’ambition. Grâce à l’inlassable travail de mes prédécesseurs, la DGSE s’affirme et se recentre peu à peu dans l’appareil d’Etat. Les efforts produits par le Service sont indéniables, ils accompagnent également une transformation culturelle de la classe politique et administrative désormais bien informée des questions de renseignement, qui nous préserve des dérèglements institutionnels.
Enfin, le débat public sur l’utilité du renseignement est aujourd’hui apaisé. L’opinion publique elle-même reconnaît l’utilité d’un service de renseignement comme la DGSE, et selon un sondage conduit au cours du mois de mars, 70% de nos concitoyens ont une opinion positive, voire très positive, de notre Service. A charge pour le Service de dissiper la crainte diffuse, que la DGSE ne soit à l’avant-garde d’un monde qui porterait atteinte aux libertés. Le renseignement connaît une forme de consécration institutionnelle en 2008, lorsque le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale désigne le renseignement comme une fonction stratégique.
Cette priorité a eu trois traductions concrètes :
- la réforme du pilotage du renseignement, avec la création du Conseil national du renseignement, la création du poste de Coordonnateur national du renseignement et l’élaboration d’un premier plan national d’orientation du renseignement ;
- l’obligation donnée aux services membres de la communauté française du renseignement de travailler toujours plus et toujours mieux ensemble ;
- l’accroissement des moyens humains et financiers, accordés notamment à la DGSE.
Les services de renseignement ne sont pas infaillibles. Il faut avoir la modestie de le reconnaître. Le défaut de coordination serait en revanche impardonnable. Or aujourd’hui, il faut le dire, sous la houlette du coordonnateur national du renseignement, nous formons une communauté, avec nos collègues de la DCRI, de la DRM, de la DPSD, de la DNRED et de Tracfin, et les échanges entre nos services n’ont jamais été aussi fluides, jamais été aussi efficaces, jamais été aussi réactifs. L’actualité, malgré la critique facile, en est l’illustration. Nous formons une communauté qui veut se forger une culture commune. Nous avons conscience de la communauté d’intérêt qui lie tous les acteurs du renseignement. Il est aujourd’hui impossible de travailler seul, et la DGSE travaille non seulement avec ses partenaires de la communauté française du renseignement, mais également avec ses partenaires étrangers, sans lesquels elle ne pourrait exercer efficacement sa mission.
Comme dans toute organisation, nous avons une culture, notamment la culture du secret. Nous avons aussi nos valeurs. Elles sont fondatrices, car elles assoient la philosophie de notre activité, elles sont à la source de notre dynamisme collectif. Dans le monde du renseignement, les Services les plus efficaces et les plus respectés sont ceux qui demeurent les plus discrets et qui disposent d’une capacité à protéger le secret. La confidentialité et le cloisonnement sont des clés de notre succès. Aussi, en rejoignant volontairement la DGSE, chacun d’entre nous a souscrit un contrat moral d’adhésion, porteur de valeurs propres à la famille du renseignement. Ce contrat nous lie indéfectiblement et forge un sentiment d’appartenance et une solidarité dont nous tirons notre force. Pour rester dans la course, il faut aussi le reconnaître, un service crédible doit disposer de moyens financiers importants car nous parlons là d’une machinerie hautement professionnalisée et sophistiquée.
Face à des défis techniques et opérationnels permanents, et pour anticiper le développement de nos sociétés et de notre planète, la DGSE doit demeurer à la pointe de l’innovation, tout en conservant sa capacité à la clandestinité de ses opérations hors de nos frontières. Il faut cependant admettre que notre modèle économique, bousculé par la crise et par la nécessité de maîtriser nos dépenses publiques sur le long terme, nous incite à l’exemplarité et nous contraindra à des choix. Il faut enfin que le Service jouisse d’une proximité institutionnelle avec les plus hautes autorités de l’Etat. Un service de renseignement efficace et respecté doit avoir la confiance de ses autorités, pour être en mesure de dire toutes les vérités.
Mes chers collègues, vous avez embrassé une carrière à la DGSE au service de la République. Notre monde est dangereux, et vous êtes bien placés pour le savoir, car vous êtes sur la première ligne de défense du pays. La mission de la DGSE est d’affronter les difficultés quand elles se présentent, et d’aller de l’avant, en ayant toujours à l’esprit notre intégrité et notre sens des responsabilités. Quelles que soient vos fonctions à la DGSE, vous exercez votre mission conformément aux valeurs de la République, au service de la France, de sa diplomatie, de sa défense, de ses intérêts dans le monde, et au service de la sécurité de nos concitoyens.
Mes chers collègues, vous incarnez les talents de notre pays , et je veux vous dire que vous pouvez être fiers de votre vocation, parce qu’elle apporte au service exigeant de la France, cette part d’engagement et d’idéal qui grandit les hommes. Vive la République ! Vive la France !"


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